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L'école au coeur, allegro ma non troppo

une classe de peinture à Bobo avec la Soupape ailée

Et l'école comment ça va ?

Jean-Max Méjean a également en charge la formation de certains personnels de l'Education nationale au niveau des nouvelles technologies : Internet, analyse filmique, création de pages Web, etc.

INTERNET, PERLIMPINPIN, PEDAGOGIE, CITOYENNETE, TRANSVERSALITE, ETC.

Le ministre, les inspecteurs généraux, les énarques, les chercheurs en pédagogie, bref tout ce qui constitue la crème de l'Éducation nationale, ont horreur du vide, comme dame Nature. Alors, depuis les années 70, chaque fois que quelque chose ne va pas au niveau scolaire (et il est vrai que cela aurait tendance à s'accentuer « grave » comme disent les lofteurs !), au lieu de faire tabula rasa, nos penseurs pansent les plaies et insufflent de ci, de là, quelques réformettes basées sur de beaux discours auxquels monsieur Jourdain n'entrave que dalle. De la poudre magique, de l'amstramgram bourre et bourre et rataplan, qui feront bien patienter jusqu'aux prochaines élections puisque l'école est éminemment politique, tremplin pour de hautes fonctions, mais gare à ne pas se casser la gueule comme certains l'ont démontré à leurs frais. L'idée est de pallier les difficultés en en créant d'autres, tout en gardant le collège unique et l'élève au cœur du système éducatif, mais en augmentant quelquefois le nombre d'élèves par classe, en fermant des sections, et en donnant toujours plus de travail aux enseignants en les gratifiant de « primettes » le cas échéant pour les faire avancer comme l'âne avec une carotte (vieille méthode qui porte toujours ses fruits, si l'on peut se permettre cette hypallage). Les élèves ne se sentent plus citoyens ? Qu'à cela ne tienne, on va inventer les CVL et les cours d'ECJS pendant lesquels, à la place de l'éducation civique, chaque élève fera des recherches personnelles et ça ira mieux. Ah oui, des établissements ne peuvent plus fonctionner, faute de moyens, la violence y sévit et les profs sont débordés ? Eh bien, nous allons les classer en ZEP ou en zone sensible ! Mais attention avec un numerus clausus drastique dans chaque académie ou département, il faudra donc organiser des turn-over pour que tout le monde en bénéficie. Pourtant, le principe de l'école n'est-il pas d'être égalitaire ? Et ainsi de suite, on invente à tour de bras des solutions de replâtrage qui, en fin de compte, n'améliorent pas grand-chose : citoyenneté, transversalité (tout le monde met son nez dans les disciplines d'autrui), Travaux personnels encadrés
, etc. C'est vrai pourtant que c'est bien d'innover, mais à la fin plus personne n'y comprend rien, comme disent les élèves eux aussi déboussolés par toutes ces réflexions de plus en plus absconses qui ne changent rien, loin s'en faut, à leurs soucis et à leurs problèmes. Il y a toujours autant de petits sixièmes qui ne savent pas vraiment lire en arrivant au collège, et autant de tensions dans les établissements où ça va mal. Mais qui osera se demander un jour pourquoi les choses vont si mal, et pourquoi les élèves de certains quartiers défavorisés s'en prennent à leurs enseignants, sinon parce que leur vie va mal, parce que la détresse est leur lot quotidien, parce que misère et chômage sont à l'horizon et que l'école n'y peut rien, soumise elle aussi à la dure loi du marché.

Extrait du livre « L’école au cœur, Allegro ma non troppo », par Jean-Max Méjean et Françoise Onteniente aux éditions Lacour.

Jean-Max Méjean
04 mai 2004